Le blason d’équipe : construire une identité commune

Blason d’équipe : L’équipe se répartit en petits groupes, chacun remplit les quartiers d’un écu — ce que nous faisons, ce que nous refusons, ce dont nous sommes fiers, où nous allons — puis les productions sont confrontées jusqu’à n’en former qu’une. L’exercice est ancien, souvent moqué pour son côté scolaire, et pourtant l’un des rares à produire en deux heures un objet que l’équipe reconnaît comme sien. Encore faut-il éviter qu’il ne s’arrête au dessin.

Ce que l’exercice produit réellement

Le résultat visible est une affiche. Le résultat utile est ailleurs : c’est la discussion qui a été nécessaire pour la produire. Remplir un quartier « ce que nous refusons » oblige un groupe à trancher entre des propositions concurrentes, donc à formuler des positions qui n’avaient jamais été énoncées collectivement. La négociation vaut davantage que son aboutissement graphique.

Un second effet, moins attendu, tient à la nature du support. Le format contraint — quatre cases, peu de place, des mots ou des symboles — interdit les formulations longues et consensuelles qui permettent habituellement d’éviter le désaccord. Trois mots dans une case obligent à choisir, là où un paragraphe permet de tout inclure. Cette contrainte fait le travail que l’animation seule ne ferait pas.

La structure du blason

Quatre quartiers suffisent, et le choix des intitulés détermine le rendement de la séance. Une structure éprouvée combine un quartier factuel — notre mission en une phrase, telle qu’un client la comprendrait —, un quartier de fierté — la réalisation dont nous parlons encore —, un quartier d’exclusion — ce que nous ne faisons pas, ou ce que nous refusons de faire — et un quartier prospectif — ce que nous voulons pouvoir dire dans un an.

Le quartier d’exclusion est celui qui produit le plus de matière et il est souvent supprimé par crainte de la négativité. C’est une erreur : une identité se définit autant par ses refus que par ses affirmations, et il est bien plus facile pour un groupe de s’accorder sur ce qu’il ne veut pas devenir que sur une valeur abstraite. On peut y ajouter une devise, à condition qu’elle soit courte.

Le déroulé en pratique

Comptez deux heures pour une équipe de quinze. Quinze minutes de cadrage, quarante minutes en sous-groupes de quatre à cinq personnes qui produisent chacun leur blason, vingt minutes de présentation croisée, puis quarante minutes de synthèse en plénière pour aboutir à une version unique. La dernière demi-heure est réservée à l’exploitation, dont il sera question plus loin.

Le matériel doit rester rudimentaire : grandes feuilles, feutres, éventuellement des magazines à découper. Fournir un modèle numérique élégant à remplir supprime le bénéfice, car la production manuelle imparfaite appartient au groupe d’une manière qu’un gabarit propre n’obtient jamais. La composition des sous-groupes mérite en revanche un peu d’attention : mélanger les ancienneté et les fonctions produit des blasons plus intéressants que le regroupement par affinité.

Le passage du dessin au sens

La séquence décisive est la présentation croisée. Chaque sous-groupe explique non pas ce qu’il a dessiné mais pourquoi il l’a retenu, et surtout ce qu’il a écarté en chemin. Cette dernière question — qu’est-ce qui a failli figurer et qui a été abandonné ? — fait remonter les désaccords utiles, ceux qui n’apparaissent jamais dans le produit fini.

La synthèse plénière ne doit pas consister à additionner les quatre productions, ce qui donnerait un blason surchargé et sans tranchant. La bonne consigne est de reconstruire un blason unique en s’imposant les mêmes contraintes de place que les sous-groupes. Les éléments présents dans plusieurs productions s’imposent naturellement ; les éléments uniques doivent être défendus, ce qui constitue le meilleur moment de la séance.

L’erreur de l’exercice décoratif

Le scénario d’échec est parfaitement identifiable : la séance se déroule agréablement, l’affiche est photographiée, elle est parfois imprimée et accrochée, puis plus rien. Trois semaines plus tard, personne ne saurait citer le contenu du quartier d’exclusion. L’exercice a produit un bon moment et aucun effet, ce qui alimente le scepticisme sur ce type de dispositif.

La cause est toujours la même : aucune conséquence n’a été tirée en séance. Un blason qui affirme « nous ne prenons pas de dossier sans cahier des charges écrit » et qui n’entraîne aucune modification du processus d’entrée des demandes est un slogan. Le même énoncé suivi d’une décision — à compter de lundi, les demandes sans cahier des charges sont renvoyées avec un modèle — devient une règle de fonctionnement.

L’exploitation après l’atelier

La demi-heure finale doit produire deux à trois décisions concrètes directement dérivées du blason, avec un responsable et une échéance. La question à poser est mécanique : pour chaque affirmation retenue, qu’est-ce qui devrait changer dans notre fonctionnement pour qu’elle soit vraie ? Les affirmations qui ne survivent pas à cette question sont retirées du blason, ce qui l’améliore.

Le blason trouve ensuite des usages qui prolongent son effet sans effort. Il sert de support de présentation de l’équipe aux nouveaux arrivants, en remplacement d’un discours improvisé. Il ouvre utilement une revue annuelle — ce que nous avions écrit tient-il encore ? Et il constitue un point de départ efficace pour une discussion avec une équipe partenaire qui a fait le même exercice de son côté.

Quand l’exercice tombe à plat

Deux configurations le condamnent d’avance. Une équipe qui vient d’apprendre une réorganisation ou une réduction d’effectifs : lui demander de définir son identité commune pendant que son existence est en question est perçu, à juste titre, comme une provocation. La question de fond doit être traitée avant, ou l’exercice reporté.

Et une équipe dont l’activité est entièrement prescrite de l’extérieur, sans marge de manœuvre sur ses méthodes ni sur ses refus. Le quartier d’exclusion y reste vide, faute de pouvoir refuser quoi que ce soit, et l’ensemble sonne creux. Dans ce cas, un exercice de clarification des rôles ou un atelier sur les irritants du quotidien produira infiniment plus, parce qu’il porte sur ce que l’équipe peut réellement décider.

En résumé

Le blason d’équipe vaut par la discussion qu’il impose, pas par l’affiche qu’il produit : le format contraint interdit les formulations longues et consensuelles qui permettent d’éviter le désaccord. Quatre quartiers suffisent — mission, fierté, exclusion, projection — le quartier d’exclusion étant le plus productif et le plus souvent supprimé à tort. Comptez deux heures pour quinze personnes, avec des sous-groupes mélangés et un matériel volontairement rudimentaire. La présentation croisée doit porter sur ce qui a été écarté, et la synthèse reconstruire un blason unique sous les mêmes contraintes de place plutôt qu’additionner les productions. L’échec typique est l’exercice décoratif : la parade consiste à consacrer la dernière demi-heure à deux ou trois décisions concrètes dérivées du blason. Deux contextes le disqualifient : une réorganisation en cours et une activité entièrement prescrite de l’extérieur.

Pour aller plus loin : Blason d’équipe

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