Biais Cognitif #3 : Le Biais d’Ancrage – La première impression nous manipule

Le Biais d’Ancrage désigne l’influence disproportionnée du premier chiffre entendu sur tous les jugements qui suivent. Une fois qu’une valeur de départ est posée, les estimations ultérieures gravitent autour d’elle, même lorsque chacun sait qu’elle est arbitraire.

L’expérience de la roue truquée

Kahneman et Tversky faisaient tourner devant leurs participants une roue de loterie qui ne s’arrêtait, en réalité, que sur 10 ou sur 65. Ils demandaient ensuite d’estimer la part de pays africains à l’ONU. Ceux qui avaient vu 10 répondaient en moyenne 25 % ; ceux qui avaient vu 65 répondaient 45 %. Un nombre sans le moindre rapport avec la question avait déplacé la réponse de vingt points.

Pourquoi le premier chiffre pèse autant

Face à une inconnue, l’esprit ne construit pas une estimation à partir de rien : il part de la valeur disponible et l’ajuste. Or cet ajustement s’arrête dès que le résultat devient plausible, bien avant d’atteindre la valeur juste. Le point de départ détermine donc le point d’arrivée, et savoir que l’ancre est arbitraire ne suffit pas à s’en affranchir.

Trois scènes de la vie professionnelle

  • La négociation : le premier montant annoncé fixe le terrain. La suite se joue en concessions autour de ce point, jamais dans un espace neutre.
  • Le budget : reconduire l’enveloppe de l’année précédente plus ou moins quelques pourcents est un ancrage pur. La question du besoin réel n’est jamais reposée.
  • L’estimation de charge : « ça devrait tenir en une semaine, non ? » posé avant le chiffrage contamine tous les chiffrages qui suivent, y compris ceux de gens expérimentés.

Désancrer, en pratique

La parade ne consiste pas à ignorer l’ancre — c’est impossible — mais à l’empêcher d’être unique. Faire produire les estimations par écrit et séparément avant toute discussion collective supprime l’ancre commune. Demander à deux personnes de chiffrer sans se concerter fait apparaître l’écart réel d’incertitude. Enfin, ouvrir la discussion par la fourchette basse plutôt que par un point unique laisse la négociation respirer.

Le réflexe à installer

Avant d’annoncer un chiffre en réunion, il vaut la peine de se demander à quoi ressemblerait la discussion sans lui. Quand la réponse est « très différente », c’est le signe qu’il faut le garder pour plus tard.

Pour aller plus loin : Biais d'Ancrage

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