Faire le ménage dans ses projets en cours

Ménage dans ses projets en cours : Demandez à quelqu’un combien de projets il mène actuellement. Il en citera trois ou quatre. Demandez-lui ensuite d’écrire tout ce sur quoi il s’est engagé et qui n’est pas terminé : la liste en compte régulièrement quinze. Cet écart n’est pas de la mauvaise foi, c’est la conséquence normale d’engagements pris un par un, chacun raisonnable, dont personne n’a jamais fait la somme. Le ménage périodique consiste à faire cette somme, puis à en tirer les conséquences.

L’inventaire complet, sans indulgence

Commencez par lister tout ce qui est engagé et non terminé, quelle qu’en soit la taille. Les projets officiels, bien sûr, mais aussi les chantiers informels, les promesses faites en réunion, les améliorations commencées, les dossiers repris à un collègue parti.

Le critère d’inclusion est simple : si quelqu’un — vous compris — attend quelque chose de vous sur ce sujet, c’est un projet en cours. Peu importe qu’il figure ou non dans un outil de suivi.

N’excluez rien au motif que « ça ne compte pas vraiment » ou que « c’est presque fini ». Les projets à quatre-vingt-dix pour cent sont précisément ceux qui traînent le plus longtemps, et leur poids mental est identique à celui des autres.

Le nombre réel surprend toujours

Le résultat de cet inventaire est la partie la plus instructive de l’exercice. Constater qu’on porte quatorze engagements simultanés explique instantanément une bonne part du sentiment de dispersion.

Rapportez ce nombre à votre capacité réelle, mesurée plutôt qu’estimée : les dix à quinze heures hebdomadaires réellement affectables dans la plupart des postes d’encadrement. Quatorze projets sur cette base représentent moins d’une heure par projet et par semaine.

Moins d’une heure hebdomadaire ne permet pas de faire avancer un projet : le temps de reprise du contexte consomme l’essentiel du créneau. C’est le calcul qui rend la décision inévitable, et il vaut mieux le poser noir sur blanc que le ressentir confusément.

Les quatre catégories de tri

Chaque projet reçoit un statut explicite et un seul. Actif : il avance réellement, avec de la capacité affectée. Entretien : il est maintenu sans progresser, avec le minimum pour ne pas bloquer les autres.

Suspendu : il ne reçoit rien du tout, avec une date de réexamen fixée. Arrêté : il est clos, et ce qui a été produit est archivé ou récupéré.

La discipline consiste à limiter drastiquement la première catégorie — un projet principal, éventuellement un second. Toute autre répartition reproduit le problème que l’inventaire vient de révéler.

Le critère de la valeur restante

Le tri doit se faire sur la valeur qui reste à produire, jamais sur ce qui a déjà été investi. C’est contre-intuitif : un projet aux trois quarts terminé donne l’impression qu’il serait dommage de l’arrêter.

La bonne question ignore le passé : si ce projet n’existait pas et qu’on me le proposait aujourd’hui, dans l’état où il se trouve, avec le travail restant à fournir, l’accepterais-je ? Une réponse négative désigne un candidat à l’arrêt, quel que soit l’effort déjà consenti.

Cette question met en cause le mécanisme qui maintient artificiellement en vie une part des projets d’une organisation. Elle est inconfortable à poser, et c’est précisément pour cela qu’elle mérite d’être posée collectivement, avec un cadre.

Distinguer suspendre et arrêter

La suspension est souvent la bonne réponse, et elle est nettement plus facile à faire accepter qu’un arrêt. Elle reconnaît la valeur du projet tout en constatant qu’il n’a pas sa place maintenant.

Une suspension correcte comporte trois éléments : une date de réexamen, un état des lieux écrit permettant la reprise, et une information claire des parties prenantes. Sans ces trois éléments, ce n’est pas une suspension mais un abandon silencieux.

Attention néanmoins à ne pas utiliser la suspension comme échappatoire systématique. Un projet suspendu trois fois de suite n’est pas suspendu, il est arrêté sans que personne n’ait eu le courage de le dire.

Rendre la décision publique

Un ménage effectué en silence ne produit que la moitié de son effet. Les parties prenantes continuent d’attendre, les relances arrivent, et vous portez la charge mentale d’un engagement que vous avez pourtant abandonné.

Communiquez donc chaque changement de statut à ceux qui sont concernés, avec le motif et l’échéance de réexamen. C’est la partie inconfortable de l’exercice, et elle est indispensable.

La réaction est généralement moins négative qu’anticipé. Beaucoup d’interlocuteurs préfèrent savoir qu’un sujet n’avancera pas ce trimestre plutôt que de constater six mois plus tard qu’il n’a jamais bougé.

La fréquence de l’exercice

Un ménage trimestriel suffit dans la plupart des contextes. Plus fréquent, il devient une remise en cause permanente qui empêche les projets de s’installer ; plus rare, le portefeuille se recharge silencieusement.

Le moment naturel est la revue mensuelle, une fois par trimestre, quand le recul est déjà à l’ordre du jour. Comptez une heure pour l’inventaire et le tri, davantage la première fois.

Suivez d’un trimestre à l’autre un seul indicateur : le nombre de projets actifs. S’il augmente régulièrement malgré les ménages successifs, le problème n’est pas votre organisation mais le rythme auquel de nouveaux engagements vous sont confiés — et c’est une conversation différente.

En résumé

Le ménage dans les projets commence par un inventaire complet et sans indulgence, dont le nombre surprend systématiquement. Rapportez-le à votre capacité réelle, puis attribuez à chaque projet un statut unique — actif, entretien, suspendu, arrêté — en jugeant sur la valeur restante et non sur l’effort déjà investi. Et communiquez chaque changement : un ménage silencieux ne libère rien.

Pour aller plus loin : Ménage dans ses projets en cours

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut